CSF Magazine n° 112 - HÔPITAUX : ÉTAT D’URGENCE

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HOPITAUX : ÉTAT D’URGENCE

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Ces dernières années, les institutions sanitaires et sociales sont devenues des marmites explosives : la réduction des dépenses publiques s’y est appliquée sans ménagement, laissant les établissements sans moyens dans un paysage de santé public dévasté. Aujourd’hui, on découvre que la situation est intenable.

Hôpitaux en détresse, patients en danger : tel est le titre du livre du professeur Philippe Halimi qui constate que « tout le territoire est concerné, les CHU, les centres hospitaliers généraux, les Hôpitaux de Paris. Nous avons tous les jours des demandes d’aide de personnels de soins, d’encadrement qui sont dans des situations très difficiles. C’est la dictature du chiffre. Il faut faire des actes, consommer ».

Pourquoi cet afflux dans les hôpitaux ? Il suffit d’observer la pyramide des âges. Les générations nombreuses, celles de l’immédiat après-guerre dépassent les 70 ans, l’espérance de vie augmente fort heureusement grâce en particulier aux progrès de la médecine, et la demande de soins progresse à grande vitesse. L’accès aux médecins de ville est de plus en plus difficile : il existe des déserts médicaux en France ; faute de pouvoir consulter ou d’obtenir un rendez-vous dans un délai convenable, on se dirige vers le service des urgences de l’hôpital. Dans les agglomérations, les anciens réseaux de dispensaires ont disparu, le service de garde des médecins de ville sont mal connus. Tout concourt à se diriger vers l’hôpital déjà surchargé.

Les urgences

C'est le service le plus exposé. Plus de 21 millions de passages aux urgences chaque année ; un chiffre qui a doublé en vingt ans. C’est là qu’on retrouve un accidenté de la route, un enfant blessé en jouant dans la cour de l’école, mais aussi un malade grippé qui ne trouve pas de médecin, un sans domicile fixe ayant abusé de la dive bouteille, une personne très âgée et délirante… Un premier coup d’oeil par un cadre de santé permet de distinguer la grande urgence vitale aussitôt prise en main, et les autres pour qui commence une longue attente, parfois dans les couloirs, sur un brancard. La tension est forte. Les patients ne comprennent pas qu’on ne s’occupe pas d’eux sans délai.

Dans les hôpitaux parisiens, on fait appel à des vigiles chargés de contenir les violences, les agressions contre le personnel hospitalier, les bagarres du samedi soir qui se poursuivent jusqu’à l’intérieur de l’hôpital. À cela, deux raisons principales : le manque d’effectifs disponibles et l’ absence de structures de santé de ville qui devraient normalement accueillir la majorité de ces patients. Car, répétons-le, c’est souvent faute d’accès à un service de soins de proximité qu’on se dirige vers les urgences de l’hôpital.

Deux réponses sont donc attendues avec impatience : d’abord des effectifs en rapport avec la réalité, ce qui suppose dans l’avenir de mettre un terme au « numerus clausus » qui limite de manière incompréhensible le nombre de médecins formés chaque année, alors qu’il y a tant de besoins ; et un réseau de soins de proximité. C’est le projet de maisons de santé pluri-professionnelles ouvertes 7 jours sur 7, de 8 h à 22 h, offrant sous un même toit, outre les consultations médicales, un service d’imagerie-radiologie, de laboratoire et une consultation de psychiatrie. Elles seront également dotées d’un accueil pour les personnes très âgées souffrant de troubles de la mémoire ou du comportement, auxquelles on voudrait tant éviter les heures passées sur un brancard dans les couloirs des urgences. Ces maisons de santé, qui fonctionneront avec le concours des médecins libéraux du secteur, assureront la permanence des soins et un système de garde.