CSF Magazine n° 117 - Le goût de la Russie

CSF Magazine 117 Le goût de la Russie

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Une histoire en partage

L’Union soviétique a disparu. La Russie de toujours réapparaît. Bien sûr, les différences entre nos systèmes politiques, nos conceptions juridiques sont évidentes. Ce n’est pas nouveau. Nos désaccords sont nombreux en politique internationale, ce qui ne nous a jamais empêchés de dialoguer et de construire des traités. Dans le passé, nous avons su surmonter ces différences lorsque c’était nécessaire pour la paix ou l’équilibre européen. Et si cette aventure se poursuivait ?

Des relations anciennes

Il faut remonter à 1717 et au règne de Louis XV pour trouver le début des relations diplomatiques actives entre la France et la Russie. Le 21 avril, le tsar Pierre Ier est reçu à Versailles. Logé au Grand Trianon, il rencontre le jeune roi, alors âgé de 7 ans et le régent du royaume de France, Philippe d’Orléans. Pour la France, une bonne entente avec la Russie peut équilibrer la puissance de la maison d’Autriche. Pour Pierre Ier, qui entend tourner la Russie vers l’Europe, il est bon de trouver en France des exemples utiles à la modernisation de son pays. Il a commencé dès 1703 les travaux de construction de Saint-Pétersbourg, qui illustre de manière éclatante l’appartenance de la Russie à la culture européenne.

Quand la situation empire…

Un siècle après, les choses se compliquent. À Friedland, Napoléon Ier a vaincu les troupes russes. Et le 7 juin 1807, le traité de Tilsit entérine cet état de fait et noue une alliance franco-russe. Elle ne va pas durer. Napoléon se lance dans sa désastreuse campagne de Russie, atteint Moscou en septembre 1812, mais se retrouve isolé et menacé par « le général hiver ». C’est la retraite de Russie. L’immensité du pays, le patriotisme russe ont eu raison de l’expédition napoléonienne.

Alliances stratégiques

À la fin du XIXe siècle, devant les menaces que fait peser la montée en puissance de l’empire allemand, la IIIe République scelle l’alliance franco-russe, traité signé en 1891. Le tsar Nicolas II est reçu avec tous les honneurs à Paris. En témoignage de cette entente, on construit à Paris, pour l’Exposition universelle de 1900, le pont Alexandre III, en hommage au père du tsar Nicolas. Les tensions montent avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Juillet 1914 : le président français Poincaré se rend à Cronstadt où il est reçu par Nicolas II, et met au point l’assistance militaire mutuelle en cas d’agression des Empires centraux. La révolution russe mettra fin à cette alliance, mais une constante se réaffirme : l’équilibre européen a besoin d’une entente franco-russe.

Guerre et paix

La Seconde Guerre mondiale le confirmera : quand l’URSS se range aux côtés des Alliés contre l’Allemagne nazie, les liens se resserrent. En témoigne le fameux groupe de chasse « Normandie-Niémen », des Forces françaises libres, créé en 1942 et engagé en Union soviétique sur le front de l’Est. Parmi les 55 millions de morts de la seconde guerre mondiale, 27 millions étaient soviétiques, 567 000 étaient français et 418 000 étaient américains. Dès 1944, le général de Gaulle se rend à Moscou où, en dépit des tensions avec Staline, il conclut le 10 décembre le traité d’alliance franco-soviétique. Ce voyage est l’un des actes fondateurs qui permet à la France d’occuper une réelle place aux côtés des vainqueurs en 1945.

Un ami de toujours

Plus récemment, la politique étrangère française est longtemps restée marquée par le gaullisme : le voyage d’État du président français en URSS en 1966 : « La visite que je rends aujourd’hui, c’est celle de la France de toujours à la Russie de toujours », le lancement de la négociation d’Helsinki en 1973 par Georges Pompidou portant sur la sécurité et la coopération en Europe, les relations amicales entretenues par Valéry Giscard d’Estaing, le projet de « confédération européenne » proposé par François Mitterrand… Jacques Chirac, qui traduisait Pouchkine dans sa jeunesse, souligne­: « Tous ceux qui ne voudraient pas reconnaître la grandeur de la Russie et de son peuple commettraient une erreur majeure sur la vision du monde de demain ». Et si Nicolas Sarkozy ne cachait pas une préférence atlantique, tous les observateurs ont noté dans la visite du président Poutine à Versailles en 2017 le clin d’oeil historique fait à la visite de Pierre Ier en 1717… Un cycle qui se poursuit même si les obstacles et les embûches sont innombrables.